Sud-Est : Interview de Michèle Vianès
Vous êtes têtes de liste DLR pour le grand sud-est. Pourquoi cet engagement sous la bannière gaulliste et républicaine ?
Française, donc républicaine et laïque, je n’oublie pas que le Général de Gaulle et ses ministres ont élargi le chemin, ouvert par les lois laïques, de l’émancipation et de l’autonomie des femmes, en accordant le droit de vote aux femmes, en ouvrant l’accès des grandes écoles aux jeunes filles (Michel Debré), en faisant voter le droit à la contraception (Lucien Neuwirth).
Militante active pour l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes, je constate que les acquis récents, donc fragiles, que nous avons obtenus dans le dernier quart du XX° siècle sont aujourd’hui menacés. J’observe, en tant que responsable d’associations de femmes en France et en Europe, des signes forts de régression.
Aujourd’hui en France, des comportements séparatistes se développent, s’appuyant sur le modèle de sociétés européennes communautaristes et attaquant de manière frontale nos principes républicains.
Les nouveaux pays (Pologne et Malte surtout, où même le divorce est interdit) entrent dans l’Union en exigeant de ne pas satisfaire aux « obligations » concernant les droits des femmes de l’Union Européenne. Quel peut être le devenir d’obligations qui ne sont pas obligatoires ? Pourquoi certains pays, bénéficiaires des fonds européens ont le droit de ne pas respecter les principes fondamentaux universels ? Pourquoi nous, qui sommes contributeurs nets, c’est-à-dire les payeurs, nous devrions accepter des directives contraires à notre République laïque et sociale, à commencer par la dérégulation des services publics ? Refusons-les.
Le traité de Lisbonne, cette basse trahison du cartel UMPS-Modem-Verts et la Charte des droits fondamentaux réintroduisant la religion dans l’espace législatif, sont inacceptables.
Il est donc indispensable que les principes pour lesquels je me bats depuis 30 ans soient affirmés haut et fort pendant la campagne pour les Européennes. C’est pour cela que je suis candidate. Je constate à chaque débat avec les autres listes que je suis la seule à parler de laïcité et de République.
Votre engagement dans la cause des femmes est bien connu, notamment avec l’épisode de "l’imam de Vénissieux". Pourriez-vous nous en dire un mot et préciser les enjeux que recouvrent l’actuelle construction de l’UE en matière de droits des femmes, de laïcité, d’avortement, etc.
L’imam Bouziane, dit « imam de Vénissieux », justifiait le fait de battre sa femme au nom du « saint coran ». Dans la République Française personne ne peut s’appuyer sur ses traditions religieuses ou coutumières pour bafouer la loi et exercer des violences envers les femmes. En tant qu’association de droit des femmes, nous nous sommes donc portées partie civile et la cour d’Appel de Lyon nous a donné raison en condamnant l’imam à une peine de prison et à une amende.
L’Europe d’inspiration conservatrice-libérale ou social-démocrate manifeste une complicité coupable. La présence de lobbies communautaristes au parlement européen est inquiétante. Tariq Ramadan n’est-il pas conseiller de Barroso, du maire d’Amsterdam, auparavant de Tony Blair ? M. Sarkozy, par son inacceptable discours au Latran, a rejoint clairement le front des obscurantistes.
Les « nouveaux entrants » (Malte, Pologne, etc.) sont très préoccupants à cet égard et renforcent – sans doute sont-ils là pour cela – le poids des intégrismes rétrogrades. La mise en cause des Lumières, avec les moyens financiers des multinationales religieuses et sectaires, est évidente : créationnisme, impostures des fausses sciences, antirationalisme ont des ramifications internationales bien connues.
La laïcité est aussi garante des droits des femmes et de l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes. Contraception, avortement, refus des violences ethnicistes, de l’oppression religieuse et/ou communautaire en sont issues.
Une directive sur le congé maternité serait en préparation. Les Françaises ignorent l’existence de ce texte. De quoi s’agit-il et quelle est votre position là-dessus ? Au delà, quel serait le message que vous souhaiteriez adresser aux électrices et électeurs pour le 7 juin ?
Lors de la dernière session du Parlement européen, le rapport sur les congés de maternité et /ou parentaux n’a pas été adopté. Il a été impossible de s’entendre sur la durée du congé de maternité, concernant les femmes salariées ou exerçant une profession libérale ainsi que sur le salaire à percevoir pendant cette période. On a pu voir le gouffre qui séparait les pays scandinaves et les nouveaux entrants. Le taux de natalité en France s’explique par des congés de maternité pour les salariées et les modes de garde des jeunes enfants. Il faudrait, bien sur, que le congé de maternité soit également possible pour les professions libérales, les chefs d’entreprise, voire pour les ministres et modifier radicalement le congé parental qui est une supercherie. Mais ce n’est pas par des normes européennes que nous pourrons faire avancer nos droits.
Je voudrais alerter nos compatriotes sur le fait que les nouvelles directives sur les salariés sont en train de rendre à nouveau invisibles les femmes.
Les lobbies bien-pensants ont commencé par dissoudre les revendications féministes parmi les discriminations, pensant les femmes comme un groupe minoritaire alors que nous ne sommes pas une catégorie, mais l’une des deux formes que revêt l’espèce humaine. Et… majoritaire en nombre.
Puis est arrivée la directive européenne sur les discriminations. Elle définit les catégories de personnes susceptibles d’être protégées personnes âgées, handicapées, homosexuelles ou appartenant à une minorité religieuse. Confusion sur des caractéristiques subies et des choix intimes comportementaux, revendiquées ou dépourvues de fondement. La minorité religieuse n’a aucun sens en France, puisqu’il n’y a pas de religion officielle, à moins qu’il s’agisse des sectes. Si les mêmes discriminations (différence de rémunération, difficultés d’accès au logement) sont subies par des personnes non catégorisées, elles ne peuvent pas prétendre à la protection de l’Europe. Le trafiquant « issu de la diversité ethnique » pourrait y prétendre, pas l’ouvrière textile licenciée en Ardèche !
Arrêtons la construction des injustices.
La vigilance s’impose sur le risque de destruction du lien social. Ces directives font émerger les différences, les radicalisent. Or conduire les personnes à se considérer comme victimes de discrimination est contraire aux principes républicains qui considèrent les citoyens et citoyennes, comme acteurs de leur vie, aptes à comprendre et capables de vouloir.
Lutter contre les discriminations consiste-t-il à ériger des murs ou favoriser le lien social ? Inciter au repli communautaire, par viscosité clanique, sur une identité particulière, ou à favoriser l’accès de tous et toutes aux droits communs, décidés par les représentants élus pour légiférer.


